La nouvelle ère du divertissement québécois
Eva Delarue, Vice-présidente Média
C’est quand la dernière fois que vous avez regardé une émission québécoise à la télévision? Pour la plupart des jeunes, ça fait déjà plusieurs années. Sauf que ce manque d’engagement, contrairement à ce qu’on pourrait croire, n'est pas lié à un manque d’intérêt des jeunes envers la culture québécoise. Au contraire, il est causé par un manque d’intérêt de l’industrie du divertissement québécois envers les jeunes. C’est ce que Mounir Kaddouri dénonce dans son dernier documentaire: la télévision n’est plus adaptée aux besoins de la jeunesse québécoise. Pour un peu de contexte, la télé québécoise fait son apparition dans les années 50 afin de donner une alternative aux émissions américaines, diffusées uniquement en anglais. Rapidement, elle prend de l’ampleur, et devient un pilier majeur pour le développement de la culture québécoise. En 2005, YouTube est créé, et vient tranquillement, mais profondément, changer la dynamique de consommation du divertissement chez la nouvelle génération. C’est le début de l’ère numérique. Les chaînes de télé, elles, ne suivent pas le mouvement. Encore aujourd’hui, elles essaient de vouloir ramener les jeunes sur leur plateforme, plutôt que de moderniser leur diffusion de contenu et de s’ajuster aux nouvelles technologies et tendances. Denis Dubois, l’ancien directeur général des programmes Télé-Québec, dit même avoir entendu une personne haut placée du milieu dire : « Est-ce qu’on veut vraiment aller chercher [les jeunes]? », comme si leur engagement n’était pas significatif, comme s’ils n’étaient pas le futur de la culture québécoise. Dans le documentaire de Kaddouri, les jeunes expriment un sentiment collectif d’un manque de représentation dans les médias québécois, souvent causé par l’absence de jeunesse dans leur processus de création. Par exemple, Lex Garcia, un jeune scénariste et réalisateur montréalais, raconte avoir été fortement déconseillé d’utiliser le mot tchas lors de l’écriture de sa série, par peur de ne pas être compris par le public général. Et c’est de là que vient le problème. Une histoire qui est conçue pour tout le monde est une histoire qui finira par ne résonner avec personne. Les jeunes ont besoin de médias qui n’ont pas peur de prendre des risques, au lieu de continuer à vouloir plaire à une démographique déjà fidèle. C’est pour ça que les jeunes se tournent vers d’autres jeunes créateurs, qui diffusent leurs vidéos sur YouTube et dont le contenu correspond davantage à ce qu’ils recherchent. Des YouTubers comme Shahin, Aly Brassard, Cocottee et Gurky sont tous des jeunes créateurs de contenu qui sont en train de redéfinir une nouvelle génération de culture québécoise. Sauf que les générations plus âgées, même en voyant ces tendances, sont dans le déni. Catherine Malo, Vice-présidente principale chez la compagnie Numeris, affirme que le temps de visionnage vidéo de la tranche d’âge 18-34 ans serait de « 40% pour les plateformes numériques (tels YouTube, TikTok, Netflix, etc.), et 60% pour la télévision linéaire ». Ce sont ce genre de statistiques biaisées qui créent un décalage entre ce que les médias pensent que veut la jeunesse, et ce qu’elle veut réellement. Malgré les difficultés de la jeunesse à être reconnue et comprise, le futur de la culture québécoise est entre de bonnes mains. Ce qu’on souhaite offrir chez Allié, c’est de soutenir et encourager la création artistique d’aujourd’hui, à travers la musique et la production de vidéos!